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La technologie Ethernet

Ethernet est une technologie universelle qui dominait déjà les réseaux locaux bien avant le développement de l'Internet. La clé de la longévité de cette technologie, c'est sa simplicité. Souvent critiquée, elle a toujours été plus facile à utiliser et à mettre en œuvre que ses concurrentes. Cet article est à la fois une introduction aux normes (IEEE 802.3 - 10 Mbps, Fast Ethernet - 100 Mbps, Gigabit Ethernet - 1 Gbps, 10 Gbps) et une aide à la conception et la réalisation de réseaux locaux.

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1. Copyright et Licence

Copyright (c) 2000,2014 Philippe Latu. Permission is granted to copy, distribute and/or modify this document under the terms of the GNU Free Documentation License, Version 1.3 or any later version published by the Free Software Foundation; with no Invariant Sections, no Front-Cover Texts, and no Back-Cover Texts. A copy of the license is included in the section entitled « GNU Free Documentation License ».

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1-1. Méta-information

Cet article est écrit avec DocBook XML sur un système Debian GNU/Linux. Il est disponible en version imprimable au format PDF : ethernet.pdf.

2. Ethernet : les raisons du succès

2-1. Quelques principes simples

  • Toutes les stations sont égales vis-à-vis du réseau : il n'y a pas d'équipement maître de contrôle du réseau.
  • La méthode d'accès employée est distribuée entre tous les équipements connectés.
  • Le mode de transmission est de type bidirectionnel alterné : les signaux transitent dans les deux sens, mais pas simultanément.
  • On peut relier ou retirer une machine du réseau sans perturber le fonctionnement de l'ensemble.

Ces principes ont montré qu'il était plus facile de concevoir les réseaux et les équipements correspondants avec Ethernet qu'avec d'autres technologies aux définitions plus complètes. De nombreuses technologies réseaux « mieux définies » au départ comme Token Ring (IEEE 802.5) par exemple, se sont avérées très peu évolutives au fil du temps.

Ces principes ont été formalisés au début des années soixante-dix. Aujourd'hui, seul le mode de transmission bidirectionnel alterné est de moins en moins employé. Le déploiement de la commutation de niveau 2 étant généralisé, les transmissions se font sur des paires cuivre ou fibre optique dédiées à chaque sens de communication. On parle alors de mode full duplex.

2-2. Ethernet a été intégré dans le modèle OSI

Ethernet était à l'origine un standard développé par les laboratoires Xerox au tout début des années 1970. Ce standard a d'abord évolué jusqu'à la version Ethernet II, aussi appelée DIX ou encore v2.0 avec l'association regroupant Digital Equipment Corporation, Intel et Xerox. Par la suite, Ethernet a été inclus dans les travaux sur la modélisation OSI au début des années 1980. Depuis cette époque, la technologie Ethernet est totalement indépendante des constructeurs ; c'est un des facteurs importants de sa popularité.

Les éléments de la couche physique (couche 1 OSI) sont définis par les normes IEEE des sous-comités 802.3 et la méthode d'accès CSMA/CD correspond à la partie MAC de la couche liaison (couche 2 OSI).

Comme dans le cas des principes énoncés ci-avant, la généralisation de la commutation simplifie la méthode d'accès en éliminant toute la partie consacrée à la gestion des collisions. On attache aujourd'hui beaucoup plus d'importance aux méthodes de codage employées au niveau de la couche physique.

2-3. Une évolution constante

La simplicité de la méthode d'accès et la simplicité de l'interconnexion avec les autres technologies ont fait d'Ethernet une technologie évolutive à des coûts acceptables pour toutes les catégories d'utilisateurs.

Même si les évolutions des débits ont entraîné l'abandon de supports bon marché (câbles coaxiaux lors du passage de 10 à 100 Mbps), la mise en œuvre est restée simple. Les infrastructures existantes progressent vers les technologies multimédias sans réinvestissements lourds.

C'est une des grandes leçons de l'histoire des réseaux de télécommunications sur les trente dernières années. Toutes les technologies de transmission qui ont cherché à qualifier les flux réseau au plus près du matériel n'ont pas su évoluer simplement. L'exemple de la technologie ATM est caractéristique. Faire évoluer les équipements actifs ATM pour adapter les débits est excessivement plus coûteux qu'avec des équipements Ethernet.

Au début des années 1970 :

  • le premier réseau local Ethernet expérimental a été développé au centre de recherche Xerox de Palo Alto (PARC) pour interconnecter des ordinateurs et des imprimantes laser à un débit de 2.94 Mbps. En juillet 1976, les deux concepteurs de ce réseau, Bob Metcalfe et David Boggs, publièrent le document de référence Ethernet: Distributed Packet Switching for Local Computer Network.

En septembre 1980 :

  • le premier standard Ethernet est publié. Les sociétés Intel et Digital Equipment Corporation (DEC) ont rejoint Xerox pour produire un standard utilisable par tous. On a baptisé ce standard DIX standard. Il correspond à la version 10Base5 ou Ethernet « épais ». Voir Section 4.1.1, « Ethernet standard ». Les premières cartes Ethernet sont apparues avec la version 2.0 du standard DIX en Novembre 1982 : le standard Ethernet II.

En 1983 :

  • la première norme Ethernet est publiée par l' Institute of Electrical and Electronic Engineers (IEEE) ; plus précisément par le sous-comité IEEE 802.3. C'est à cette époque qu'est apparue la double signification d'un champ dans le format de la trame Ethernet : le champ Type/Longueur. Cette différence entre normalisation et standard n'a jamais eu d'effet sur l'exploitation des réseaux locaux Ethernet. Voir Section 9, « Format de trame » ;
  • en 1985, l'IEEE publia la norme IEEE 802.3a correspondant à l'Ethernet « fin ». En 1987, l'utilisation des fibres optiques devint effective avec la norme IEEE 802.3d.

En 1990 :

  • la première norme utilisant les câbles de paires torsadées cuivre sur une topologie étoile est publiée : IEEE 802.3i. C'est à partir de cette étape que les autres technologies de réseaux locaux ont décliné rapidement.
    En 1993 :
  • la norme IEEE 802.3j est venue étendre l'application de la topologie étoile sur fibres optiques.

En 1995 :

  • nouvelle étape majeure dans l'évolution d'Ethernet : le passage à 100 Mbps avec l'introduction de la norme IEEE 802.3u. Cette version d'Ethernet est connue sous le nom Fast Ethernet.

En 1997 :

  • la norme IEEE 802.3x a défini le mode « full-duplex » qui permet de réserver une paire cuivre ou fibre optique par sens de communication. Associée à la généralisation de l'utilisation des commutateurs, cette norme marque la fin de l'utilisation de la méthode d'accès historique d'Ethernet : CSMA/CD.

En 1998 :

  • les débits ont à nouveau été multipliés par 10 avec la sortie du Gigabit Ethernet. La norme correspondante est l'IEEE 802.3z ;
  • cette première définition a été complétée en 1999 avec la norme IEEE 802.3ab qui définit l'utilisation du Gbps sur les câbles en paires torsadées UTP de catégorie 5.

En 2002 :

  • une fois de plus, les débits ont été multipliés par 10 pour atteindre les 10 Gbps avec la publication de la norme IEEE 802.3ae. Cette catégorie de débit marque l'avènement de l'exploitation d'Ethernet sur les dorsales des réseaux étendus.
  • de même qu'avec le Gigabit Ethernet, une définition d'Ethernet 10 Gbps sur paires torsadées cuivre devrait voir le jour prochainement. La norme devrait être publiée avec l'appellation IEEE 802.3an.

L' Institute of Electrical and Electronic Engineers Get IEEE 802 a mis à disposition en ligne les normes du comité 802 : .

Ce document est construit à partir des quatre familles de débits d'Ethernet :

À l'intérieur de chaque famille, il existe de nombreuses déclinaisons. Les plus utilisées sont décrites ci-après.

Du point de vue de la conception, les câblages en paires torsadées cuivre sont habituellement utilisés pour la « desserte » des postes de travail à des débits allant de 10 Mbps à 1 Gbps. Ensuite, les câblages en fibres optiques sont utilisés pour les dorsales réseau.

Bien que cela ne corresponde à aucune normalisation, on rencontre de plus en plus souvent un découpage en trois couches lors de la conception des réseaux locaux Ethernet : accès, distribution et cœur. Ce découpage a surtout pour but de faciliter le classement des équipements dans les catalogues constructeurs.

Pour en savoir plus sur la hiérarchie dans les réseaux locaux, lire l'article : Segmentation des réseaux locaux.

3. Définitions IEEE 802.3

Correspondance entre le modèle OSI et les définitions IEEE 802.3
Correspondance entre le modèle OSI et les définitions IEEE 802.3

Cette vue met en évidence les éléments introduits pour faire évoluer les débits.

Les sigles :

  • AUI : Attachment Unit Interface ;
  • MDI : Media Dependant Interface ;
  • MII : Media Independant Interface : reconnaissance des vitesses 10/100/1000 Mbps ;
  • PCS : Physical Coding Sublayer ;
  • PLS : Physical Layer Signaling ;
  • PMA : Physical Media Attachment sublayer ;
  • PMD : Physical Media Dependant sublayer ;

4. Normalisations IEEE 802.3

Il existe de nombreux suppléments à la norme IEEE 802.3 initialement publiée, qui décrivent les différents supports utilisables.

4-1. Ethernet IEEE 802.3

C'est le point de départ de la normalisation. La première définition est la plus proche du Standard Ethernet II publié par DEC, Intel et Xerox.

La topologie utilisant des câbles coaxiaux est toujours de type BUS. Cette topologie était avantageuse lorsque le nombre et la disposition des stations changeaient. Aujourd'hui, les câbles coaxiaux sont systématiquement abandonnés au profit des câbles en paires torsadées cuivre ou des fibres optiques. Le coût de la connectique des câbles coaxiaux est devenu supérieur à celui de la connectique RJ45 utilisée avec les paires torsadées.

4-1-1. Ethernet standard

Le câble standard a été défini à l'origine pour des connexions avec transceivers à piquage (vampire) puis étendu à la connectique de type N-BNC.

Exemple de topologie BUS Ethernet IEEE 802.3
Exemple de topologie BUS Ethernet IEEE 802.3
Appellation 10Base5, Thick Ethernet
Support câble coaxial 50 ohms associé à une connectique N-BNC
Longueur maximum 500 m par brin. Les câbles doivent avoir une longueur multiple de 23,4 m (généralement 117 m) pour que les réflexions produites sur les raccords soient superposées déphasées
Distance entre connexions au moins 2,50 m (points repérés sur le câble)
Nombre maximum de connexions au plus 100 connexions par brin

Tableau 1. Ethernet Standard

4-1-2. IEEE 802.3 a

Appellation 10Base2, Thinnet ou Thin Ethernet
Support câble coaxial 50 ohms (RG58) associé à une connectique BNC
Longueur maximum 185 m
Distance entre connexions 50 cm
Nombre maximum de connexions 30 stations

Tableau 2. Ethernet Fin

4-1-3. IEEE 802.3 c-d

Définit les caractéristiques des répéteurs 10Base2 ainsi que les liaisons FOIRL (Fiber Optic Inter Repeater Link) fibre optique entre les répéteurs.

Le répéteur interconnecte les brins de média entre eux en :

  • régénérant les signaux ;
  • prolongeant les fragments (morceaux de trames issus des collisions) ;
  • complétant les préambules.

Il peut aussi intervenir sur la propagation des collisions (Jamming) ou interrompre une émission trop longue.

La liaison FOIRL doit avoir une longueur inférieure ou égale à un km.

4-1-4. IEEE 802.3 i

Introduite en 1990, cette définition constitue une évolution majeure d'Ethernet. C'est la première à adopter une topologie étoile analogue à celle des installations téléphoniques. Depuis, cette topologie étoile domine très largement dans les installations réseau.

Exemple de topologie étoile 10BaseT et 10BaseFL
Exemple de topologie étoile 10BaseT et 10BaseFL
Appellation 10BaseT débit 10 Mbps
Support paire torsadée non blindée (UTP : Unshielded Twisted Pair) associée à une connectique RJ45 en topologie étoile.
Longueur maximum 100 m

Tableau 3. 10BaseT

4-1-5. IEEE 802.3 j

Cette définition a très largement été utilisée pour l'implantation des dorsales réseau de campus.

Appellation 10Base-F débit 10 Mbps
Support fibre optique multimodes (62.5/125 µm) associée à une connectique ST ou SC.
Longueur maximum 2 km

Tableau 4. 10BaseF

10BASE-FL : redéfinition de FOIRL avec des capacités plus intéressantes telles que la possibilité de concevoir une topologie étoile avec des répéteurs multiports.

5. Fast Ethernet IEEE 802.3u

Publiées en 1995, ces spécifications ont très vite été adoptées. Le coût par port a chuté de 50 % entre 1996 et 1999.

5-1. 100BaseT

La signalisation 100Base-X sur les câbles et fibres reprend celle développée pour la technologie FDDI (Fiber Distributed Data Interface).

Appellation 100BaseT débit 100 Mbps
Support 100Base-T4 utilise 4 paires (transmission, réception, 2 bidirectionnelles) de câbles UTP de catégories 3, 4 ou 5. Les 100 Mbps sont répartis sur 3 paires.
Support 100Base-TX utilise 2 paires (transmission, réception) de câbles UTP5 ou STP (Shielded Twisted Pair). Ce câble supporte 200 Mbps en mode full duplex après négociation entre les extrémités.
Longueur maximum 100 m

Tableau 5. 100BaseT

5-2. 100BaseF

Appellation 100BaseFX débit 100 Mbps
Support fibre optique multimode (62.5/125 µm) associée à une connectique ST ou SC.
Longueur maximum 400 m

Tableau 6. 100BaseFX

6. Gigabit Ethernet

Comme les câbles en paires torsadées de catégorie 5 sont certifiés pour des fréquences allant jusqu'à 100 MHz (cf TIA/EIA-568-A), le passage à 1000 Mbps pose des difficultés nouvelles par rapport aux évolutions précédentes. La couche physique a été entièrement revue. La nouvelle définition est une « fusion » de deux technologies : l'Ethernet IEEE802.3 et le Fiber Channel ANSI X3/T11.

Cette fusion reprend le format de trame Ethernet 802.3 et la méthode d'accès CSMA/CD full-duplex, pour conserver la compatibilité avec les couches supérieures du réseau, et elle bénéficie du débit élevé de l'interface physique Fiber Channel.

Comme pour la famille Fast Ethernet, il existe plusieurs variantes 1000BaseX.

6-1. définitions IEEE 802.3z : 1000BaseX

Appellation 1000BaseLX
Support laser grandes ondes sur fibre optique multimode et monomode destiné aux artères de campus.
Longueur maximum 3 km

Tableau 7. 1000Base-LX

Appellation 1000BaseSX
Support laser ondes courtes sur fibre optique multimodes destiné aux artères intra-muros.
Longueur maximum 500 m

Tableau 8. 1000Base-SX

Appellation 1000BaseCX
Support câble en paires torsadées blindées 150 ohms destiné aux connexions entre serveurs dans le même local.
Longueur maximum 25 m

Tableau 9. 1000Base-CX

6-2. définition 1000BaseT : IEEE802.3ab

Cette définition est très importante. C'est elle qui permet d'utiliser le Gigabit Ethernet dans la majorité des installations actuelles.

Ceci dit, les installations existantes auront certainement besoin d'une « requalification » avant d'être équipées en 1000BaseT. Cette technologie utilise les câbles FTP de catégorie 5 au maximum de leur certification. De nouvelles catégories de câbles sont en cours de spécification : 5enhanced à 100 MHz, 6 à 200 MHz et 7 à 600 MHz.

Il est recommandé de limiter au maximum les brassages intermédiaires dans les armoires de câblage.

Appellation 1000BaseT
Support câble en paires torsadées non blindées de catégorie 5.
Longueur maximum 100 m

Tableau 10. 1000Base-T

6-3. Extension CSMA/CD

Avec la définition Gigabit Ethernet, la méthode d'accès CSMA/CD n'est pas remise en question mais les « espaces temps » ont été étendus. Sans extension, un paquet de petite taille (64 octets) peut très bien arriver à destination avant que la station qui l'a émis ne puisse détecter une collision. On a donc étendu la taille minimum de paquet à 512 octets avec un nouveau champ placé après le champ de contrôle FCS. Voir Section 9.5, « Le champ de contrôle ».

7. 10 Gigabit Ethernet

7-1. IEEE 802.3ae

Définition 10 Gbps

8. Négociation de la bande passante

Avec les évolutions des débits d'Ethernet, la grande majorité des infrastructures actuelles sont « mixtes ». Il est donc nécessaire que les équipements réseau (cartes, commutateurs, etc.) soient capables de reconnaître et d'utiliser la bande passante disponible sur le câble(1).

8-1. Autonégociation

La négociation entre équipements porte sur deux fonctionnalités :

  • le débit 10, 100 et 1000 Mbps,
  • le mode half-duplex ou full-duplex (IEEE 802.3x).

La fonction d'autonégociation est optionnelle. Elle est apparue avec l'extension Fast Ethernet et ne concerne que les câbles en paires torsadées et les fibres optiques.

La fonction de négociation utilise les signaux de contrôle d'état du lien physique en respectant la compatibilité entre tous les équipements indépendamment de leur génération et des options qu'ils supportent.

L'ordre des négociations est le suivant :

  • 100BaseTX Full-Duplex ;
  • 100BaseT4 ;
  • 100BaseTX ;
  • 10BaseT Full-Duplex ;
  • 10BaseT.

8-2. Mode Full-Duplex IEEE 802.3x

Le mode de fonctionnement de base d'Ethernet est dit Half-Duplex : bidirectionnel à l'alternat. Il suppose que le média est partagé entre plusieurs stations et que les informations transitent dans les deux sens. C'est sur ce mode de base que la méthode d'accès CSMA/CD est bâtie.

Le mode Full-Duplex correspond à une communication point-à-point entre deux équipements. Dans ce contexte, le média n'est plus partagé entre plus de deux stations et les informations transitent toujours dans les deux sens mais sur des canaux (paires torsadées ou fibres) distincts.

En conséquence, l'algorithme d'accès au média est considérablement simplifié et la bande passante utile est doublée. Aujourd'hui, beaucoup de constructeurs ont adopté ces options d'Ethernet. Il est donc possible de concevoir des artères à 200 Mbps entres commutateurs et/ou concentrateurs (hubs) pour un coût très raisonnable.

8-3. Exemple de conception

L'exemple qui suit est une synthèse sur l'utilisation de la technologie Ethernet. Il ne prend pas en compte certaines autres normes telles que les VLAN IEEE 802.1Q qui autoriseraient d'autres modes de conception.

Exemple de conception Ethernet
Exemple de conception Ethernet
  • 100BaseFX-FD : dorsale de campus en fibres optiques avec un débit de 200 Mbps en Full-Duplex.
  • 100BaseTX-FD : alimentation du commutateur mixte (Switch 10/100) du local serveur (Server Farm) avec un débit de 200 Mbps en Full-Duplex.
  • 100BaseTX-FD : alimentation du commutateur mixte (Switch 10/100) des stations 10/100 (typiquement multimédia/CAO) avec un débit de 200 Mbps en Full-Duplex.
  • 10BaseT-FD : alimentation du commutateur (Switch) des stations 10BaseT (typiquement bureautiques) avec un débit de 20 Mbps.

9. Format de trame

Les 2 types de trames reconnues
Les 2 types de trames reconnues

La signification de chacun des champs de trame est donnée ci-après.

9-1. Le préambule

Le préambule est une suite de 0 et de 1 alternés. Il permet à l'horloge du récepteur de se synchroniser sur celle de l'émetteur. Comme la transmission est asynchrone, il est possible qu'une partie du préambule soit perdue.

Même si la norme IEEE 802.3 a spécifié un champ spécifique en fin de préambule : SOF (Start of Frame) avec deux bits à 1, il n'y a aucune différence avec le standard Ethernet v2.0 pour lequel les deux derniers bits du préambule sont aussi à 1.

9-2. Les adresses MAC

Les adresses MAC identifient le ou les destinataire(s) de la trame puis l'émetteur. Elles sont constituées de six octets :

  • les trois premiers octets font référence au constructeur de l'interface. Ils sont uniques et sont attribués par l'IEEE ;
  • les trois octets suivants donnent le numéro d'interface chez ce constructeur.

L'adresse source est toujours celle d'une interface unique (unicast). La destination peut être une adresse unique, de groupe (multicast) ou de diffusion générale (broadcast = FF-FF-FF-FF-FF-FF). Dans une adresse de groupe, le premier bit transmis est à 1. Si les autres bits ne changent pas, l'adresse de groupe correspond à toutes les cartes d'un même constructeur.

9-3. Le champ longueur/type

Ce champ de deux octets a été défini dans le standard Ethernet II pour indiquer le type de protocole de niveau 3 employé pour transmettre le message.

Avec la normalisation originale IEEE 802.3, ce champ a été redéfini pour contenir la longueur en octets du champ des données.

Depuis 1997, la normalisation IEEE intègre les deux formats de trames. Parallèlement, les documents standards des protocoles de l'Internet se sont appuyés sur des trames Ethernet utilisant des champs types (Voir RFC895 de 1984). À l'heure actuelle on peut considérer que les trames IEEE avec champ type correspondent au trafic utilisateur sur les réseaux IP et que les trames IEEE avec champ longueur correspondent au trafic de dialogue entre équipements actifs (Algorithme STP, etc.).

9-4. Les données

Ethernet II

  • D'après la définition d'origine, la couche 2 est complète avec ce format. Les données sont directement transmises au niveau réseau identifié par le champ type. Aucune « séquence de bourrage » ou padding n'est prévue bien que le nombre minimum de données attendues soit de 46 octets.

IEEE 802.3

  • Le champ de données contient l'en-tête de la sous-couche LLC en plus des données. Au niveau MAC, ce champ est vu comme une suite de 46 à 1500 octets que l'on n'interprète pas.
  • Si le nombre de données n'atteint pas 46 octets, le champ est complété par une séquence de bourrage (padding).

9-5. Le champ de contrôle

Le FCS : Frame Check Sequence est un champ de quatre octets qui permet de valider l'intégrité de la trame à un bit près. Il utilise un CRC (Cyclic Redundancy Check) qui englobe tous les champs de la trame. Ainsi, la station réceptrice peut décider si la trame est correcte et doit être transmise à la couche supérieure : LLC (Logical Link Control IEEE 802.2) ou réseau. Voir Section 11.2, « Sous-couche LLC : IEEE 802.2 ».

9-6. Le temps inter-trame

Le temps inter-trame est appelé indifféremment Inter Frame Space ou Inter Frame Gap.

Une machine ne peut émettre toutes les trames qu'elle a à transmettre les unes à la suite des autres. Le délai inter-trame normalisé est de 96 bits soit 9,6 microsecondes à 10 Mbps. Attention, cette définition a été revue pour le Gigabit Ethernet. Voir Section 6.3, « Extension CSMA/CD ». Il correspond au temps minimum de retour au repos du média et permet aux autres stations de prendre la main.

10. Trames erronées

Préambule Adresse destination Adresse source Type/Longueur LLC Données FCS

Tableau 11. Les champs de trame

À la suite d'incidents tels qu'une collision, le débranchement brutal d'une machine, la perte du bouchon d'adaptation d'impédance ou le mauvais fonctionnement d'une partie du matériel, des trames non cohérentes peuvent apparaître. Certains de ces défauts sont répertoriés avec un vocabulaire particulier.

10-1. Runt

Ce terme désigne les trames trop courtes (moins de 64 octets). Ce type de trame est le plus souvent le résultat d'une collision.

10-2. Jabber

Il s'agit d'une trame trop longue (plus de 1518 octets). On distingue deux types de causes :

  • s'il y a superposition de deux trames sans détection de collision, on peut considérer que les couches 1 et 2 d'une interface du réseau ne fonctionnent plus correctement ;
  • la trame n'a plus de structure et est émise par un composant qui reste beaucoup trop longtemps en émission.

Ce type de défaut est très pénalisant pour le réseau et entraîne une dégradation rapide des performances.

10-3. Misaligned frame

Une trame désalignée est une trame dont le nombre de bits n'est pas divisible par 8. Dans la pratique, ce type de trame possède presque toujours un CRC faux.

10-4. Bad FCS

Il s'agit d'une trame complète dont un bit n'a pas été reçu tel qu'il avait été transmis ou d'une trame tronquée résultant d'une collision.

10-5. Les collisions

Ce phénomène résulte de la superposition de deux trames sur le média lorsque deux stations émettent simultanément.

Un réseau peut être considéré comme sain tant que le taux de collision est inférieur à 1 pour 1000 trames.

Illustration d'une collision
Illustration d'une collision

10-6. Les collisions tardives

Ce type de collision intervient lorsque la longueur du câble dépasse la norme ou lorsqu'il y a trop de répéteurs dans le réseau.

C'est le seul type de collision que l'on rencontre sur les réseaux câblés en paires torsadées et constitués de commutateurs et de routeurs. Les « collisions » apparaissent avec des segments de plus 100 m.

11. Couche liaison et Ethernet

11-1. Sous-couche MAC : méthode d'accès CSMA/CD

La méthode CSMA/CD est dérivée d'un système de transmission radio appelé Aloha. Son principe est de laisser chacun libre de gérer ses émissions en fonction de ses besoins et de la disponibilité du média.

En l'absence d'information à transmettre, la station écoute (ou reçoit) les paquets qui circulent sur le câble dans un sens ou dans l'autre. Quand la station a besoin d'émettre un ou plusieurs paquets, elle agit indépendamment des autres. Elle sait juste que lorsqu'elle perçoit une trame, une autre machine doit être en émission.

Chaque machine ayant à tout instant la possibilité de débuter une transmission de manière autonome, la méthode d'accès est distribuée : elle est dite à accès multiple (Multiple Acess: MA). La machine observe le média en cherchant à détecter une porteuse (Carrier Sense: CS). Si aucune trame n'est en transit, elle ne trouve pas de porteuse.

Elle envoie ses paquets sur le support physique et reste à l'écoute du résultat de son émission pendant quelque temps, pour vérifier qu'aucune autre machine n'a suivi le même comportement qu'elle au même instant.

La méthode d'accès étant à détection de collision (Collision Detect: CD), lors de son émission une machine peut déceler un problème de contention et s'arrêter avec l'intention de renvoyer son paquet ultérieurement quand elle aura de nouveau la parole. De façon à minimiser le risque de rencontrer une deuxième collision avec la même machine, chacune attend pendant un délai aléatoire avant de tenter une nouvelle émission.

Cependant, de manière à ne pas saturer un réseau qui s'avérerait déjà très chargé, la machine n'essaiera pas indéfiniment de retransmettre un paquet. Si à chaque tentative elle se trouve en conflit avec une autre ; après un certain nombre d'essais infructueux, le paquet est éliminé. On évite ainsi l'effondrement du réseau. Les couches supérieures sont averties que la transmission du message a échoué.

Méthode d'accès
Méthode d'accès

11-2. Sous-couche LLC : IEEE 802.2

À partir de cette sous-couche, on sort du domaine d'appellation Ethernet. Cependant, de nombreux réseaux locaux associent la norme IEEE 802.2 avec Ethernet.

Le sous-comité IEEE 802.2 a standardisé une couche de niveau LLC qui possède plusieurs types d'opérations offrant des services de différentes qualités.

  • Le premier type d'opération est un service minimum, sans connexion (pas de liaison logique) ni acquittement (pas de retour d'information sur le déroulement de l'acheminement). Le type 1 permet des communications en point à point (un émetteur, un récepteur) ou en diffusion (un émetteur, plusieurs récepteurs).
  • Le type d'opération 2 est un service sur connexion (liaison logique entre SAP) avec acquittement, vérification de l'ordre des trames, détection et correction d'erreur, détection des doubles, contrôle de flux. L'identificateur correspondant au couple SSAP/DSAP (Source Service Access Point/Destination Service Access Point) est unique. Ce type d'opération ne permet que des communications en point à point.
  • Le type d'opération 3 est un service datagramme (sans connexion) acquitté, sans retransmission (pas de correction des erreurs), réalisant une prestation de qualité intermédiaire à la fois simple et performante.

Dans tous les cas, quel que soit le type d'opération, les données du niveau LLC sont présentées sous la forme d'un LPDU (LLC Protocol Data Unit), tel que représenté ci-dessous.

Adresse DSAP Adresse SSAP Control Données

Tableau 12. Les champs de trame

Les valeurs des LSAP (points d'accès LLC) sont représentées sur un octet. Elles sont relatives au protocole de niveau supérieur (06 pour TCP/IP). Une trame LLC est encapsulée dans la trame de niveau inférieur (MAC). Le LPDU correspond donc au champ de données de la trame.

12. En guise de conclusion

Cette synthèse sur la technologie Ethernet est nécessairement incomplète et certains aspects ont été volontairement occultés. En voici deux exemples significatifs :

La signalisation. Dans le domaine de l'instrumentation réseau, on ne mélange pas le test de câble et l'analyse de protocole. Il en est de même pour cette présentation, l'aspect signalisation dans la couche physique n'a pas été traité. C'est un sujet à part entière qui mérite que l'on s'y intéresse. Après avoir connu une décennie plutôt « tranquille », le test de câble va probablement revenir au devant de l'actualité avec l'utilisation du Gigabit Ethernet sur les câbles de catégorie 5 qui sont spécifiés à 100 MHz seulement.

Les autres définitions 100 Mbps. Il en existe deux : 100BaseT2 et 100BaseVG AnyLan. Pour le 100BaseT2, la question est vite réglée, il n'existe aucun équipement qui l'utilise à ma connaissance. La situation est à peine différente pour le 100BaseVG AnyLan, cette définition a été publiée en 1995 en même temps que celle du 100BaseTX. Sans rentrer dans la polémique sur le fait qu'elle ne respecte pas la méthode d'accès CSMA/CD, la base d'équipements 100BaseVG AnyLan installée est aujourd'hui insignifiante comparée à la base 100BaseTX.

12-1. Remerciements Developpez

L'équipe Réseaux remercie Philippe Latu pour la rédaction de ce tutoriel.

Nos remerciements à jacques_jean et Phanloga pour leur relecture orthographique.

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Document de référence sur l'auto-négociation Ethernet : An Introduction to Auto-Negotiation.

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